Backstage, Walt Disney World

Chefs de France : Pourquoi j’aurais pu rester

 

Si vous arrivez sur cette deuxième partie après avoir lu ma tirade impolie sur l’entreprise, vous remarquerez que cet article ci-dessous est beaucoup plus court. Forcément, quand on crache son venin on a tendance à s’épancher, alors que les compliments se font rares. (Tactique testée et approuvée par certains managers mais ça, c’est une autre histoire.) Promis, loin de moi l’envie de refaire du bruit au Pavillon Français (de toute façon, plus personne ne me connait là-bas), juste un désir de reconnaître l’opportunité qui s’était offerte à moi et remercier Disney de m’avoir permise de rencontrer des personnes toutes aussi fantastiques les unes que les autres. Parler de la Bakery et de l’Artisan des glaces c’est un peu comme recroiser une vieille amie d’enfance. Vous l’aviez détestée pendant longtemps à cause d’une dispute dont vous ne vous souvenez même plus ; et vous réalisez enfin que ce n’était que des enfantillages, que vous séparer était un mal pour un bien et que vous en êtes finalement ressorties toutes les deux grandies et plus fortes.

Alors, venons-en au sujet du jour, qu’est-ce qui m’avait fait tenir le coup à l’époque et qu’est-ce qui me ferait presque (presque, hein) renfiler mon badge de Cast member floridien si on me le proposait ?

Disclaimer : Cet article marque les 1 ans du début de mon programme à Disney World. Groupe du 27 août, je vous salue ! Félicitations aux survivants, je suis fière de vous. Il marque également les 5 mois de mon précédent post« Chefs de France, pourquoi je suis partie », auquel il fait suite et écho. Cet article-là, se concentrant sur les mauvais côtés de mon expérience, n’avait pas fait l’unanimité sur les réseaux et les retours mitigés m’avaient poussé à repousser mois après mois, la rédaction de cette deuxième partie. Aujourd’hui on se concentre donc sur le positif seulement. Il est dédié à ce (et ceux) qui m’a manqué depuis mon retour en France, ces petites choses qui ont rendu extraordinaire mon court passage en Floride.

La magie Disney

Cette photo était trop belle pour ne pas la joindre à l’article.

 

Je ne pourrais pas commencer cet article nostalgique sur les bons côtés de travailler dans un parc d’attraction sans vous parler… des parcs, justement. Ça, c’est encore une fois purement subjectif, car je connais des collègues qui n’étaient pas fan de l’univers de la célèbre souris pour un sou. Cependant, si vous êtes comme moi un fervent adorateur de Mickey et ses amis, on ne peut nier que cet aspect pèse dans la balance. Rencontrer des personnages exclusifs lors de soirées réservées aux employés ? Aller petit-déjeuner chez la belle et la bête, profiter de réductions pour soi et ses proches en fin d’année, finir tôt pour aller profiter du festival d’EPCOT ou finir sa journée en contemplant le feu d’artifice au château avec ses collègues préférés ? Où est-ce qu’on signe ? Ça n’a pas de prix.

Les jours se suivent et se ressemblent et pourtant si le travail peut fatiguer, la magie Disney reste intacte. Se sortir du lit difficilement lors des jours de repos vaut la peine quand on va se dorer la pilule dans un des parcs aquatiques de la firme.  Qu’on soit un Cast Member ou un Guest le temps d’un jour, le résultat est la même, au fond de nous une partie d’enfance survie. Et c’est peut-être de ça dont parlait ce cher Walt Disney.

Une ville comme nulle part ailleurs

Voilà, on me mettait pas le couteau sous la gorge pour sourire non plus.

 

La bulle Disney peut justement faire peur : travailler Disney, dormir Disney, manger Disney, respirer Disney… et même faire ses courses avec le bus Disney ! Si ce cocon confortable peut en étouffer plus d’un, il se veut aussi rassurant. C’est les petites roues de notre vélo que l’on pilote vers les grandes routes américaines. Sans ce travail ingrat, pas de Visa, et pas de Visa, pas de vie aux USA. (Ça rime, c’est beau, hein ? J’ai trouvé ça toute seule, je vous jure. Ça sonnait mieux que « pas de bras, pas de chocolat. ») Bref, Mickey nous tient la main gentiment aux Etats-Unis et nous amène dans un monde que les non-Cast-members ont du mal à comprendre. (Vous avez tenté d’expliquer votre vie en Floride à votre retour en France, vous ? On vous regarde comme un ovni.)

Car travailler à Disney World c’est un vrai mode de vie. Et ça permet de faire des rencontres qui vous marquent à jamais.

Un rayonnement international

 

C’est ici que j’aimerai parler de ces rencontres de tous les jours qui peuvent, on ne sait jamais, changer votre vie. Bien sûr, au Pavillon Français vous parlez essentiellement français, cela va de soi, mais aussi bien d’autres langues. Ça peut être l’anglais, l’espagnol ou le japonais dans votre colocation et la cuisine et les repas partagés qui vont avec. Partager sa chambre et son appart avec cinq (ou plus) autres personnes n’aura jamais été aussi agréable. Quand les horaires sont difficiles, rentrer à la maison et y trouver des ami-es, ça change l’impression d’une journée entière. Pleurer sur une épaule, se plaindre à une oreille attentive ou éclater de rire à un quiproquo et un problème de traduction, c’est le quotidien dans les colocs Disney.

Mais ces rencontres peuvent également être un Guest particulier, un couple londonien dont l’accent british vous met les larmes aux yeux tant l’Angleterre vous manque ; une famille française qui vous pose des questions sur votre vie aux Etats-Unis, des québécois qui changent de langue avec vous toutes les phrases, un petit garçon qui fait tomber sa glace devant vos yeux et vous implore en espagnol d’en avoir une autre, un homme qui commande son jambon-beurre dans une langue que vous ne connaissez pas… tout un tas de situations qui vous font pratiquer vos talents de linguistes et de mime au quotidien. En un rien de temps vous deviendrez un véritable couteau-suisse (enfin, français, rappelez-vous dans quel pavillon vous travaillez) avec des aptitudes les plus surprenantes les unes que les autres (tu sais faire des têtes de Mickey en glace toi ?) à faire pâlir d’envie vos futurs collaborateurs lorsqu’ils liront votre CV. (« Quoi, elle sait toaster un pain au pistou, une quiche lorraine et une pissaladière dans trois fours différents simultanément ?! Je ne fais pas le poids ! »)* Vous pourrez épater la galerie avec vos nouvelles capacités lors de soirées ennuyeuses. (« Quoi ? Tu me crois pas ? Je te dis que j’arrive à faire rentrer un napoléon, un fraisier et une verrine dans la même PETITE boite to-go ! Appelle-moi une boulangerie et passe-moi un carton, je vais te montrer ! »)

Un passeport bien garni

Je l’avais déjà dit lors de la première partie de ce diptyque disney-sque, les possibilités de voyages lors des day off et « back to back » font parties des motivations à postuler et à rester en poste. Travailler à Disney World c’est un billet direct pour les Etats-Unis, la Floride bien sûr, mais également les 51 autres états qui s’offrent à vous sur un plateau, ou presque. (Je sais que le terme « plateau » va provoquer chez certains Bakers un stress post-traumatique, je suis avec vous dans cette épreuve. Fixez un mur blanc en chantonnant et ça ira mieux d’ici quelques minutes.) Participez à un programme comme celui-ci, c’est comme trouver le ticket d’or dans une barre Willy Wonka : on peut s’offrir un voyage (vers une chocolaterie ou à Philadelphie, au choix) vers une destination que l’on aurait jamais pu s’offrir en tant normal. Forcément, une fois sur place, l’avion coûte aussi cher que le train en Amérique, ce qui n’est pas le cas quand on rêve de vacances depuis la France. C’est aussi l’occasion de voyager avec sa famille ou avec ses collègues qui sont devenus des amis et lier des amitiés et des souvenirs de toute une vie.

Baker pour la vie

Dans le précédent article sur le sujet je disais que travailler à la Bakery avec son groupe d’arrivée (et donc de couleur) c’était un peu comme faire Koh Lanta. Une épreuve du feu, où beaucoup rentrent chez eux et seulement une poignée d’élue-s finit l’aventure. (J’ai été éliminée à l’épreuve des poteaux.) Et comme dans chaque téléréalité, il y a un sentiment d’appartenance et une véritable communauté qui se crée et qui perdure, des mois (voire des années, d’après ce que j’ai pu lire) après. Après mon départ, j’ai eu ce petit pincement au cœur en voyant que la vie à Disney suivait son cours et en réalisant que j’étais maintenant condamnée à suivre les aventures de mes collègues chéris via leurs stories et leurs snaps. Heureusement, il y a des liens qui ne se défont pas. C’est pour ça que certains Bakers ont déjà fait plusieurs allers-retours en Floride pour rendre visite aux survivants. Certaines personnes sont redevenues des connaissances virtuelles dont je suis l’épanouissement aux quatre coins du monde et je suis contente de voir qu’ils vivent leurs meilleures vies en Thaïlande, à Bali ou à Hawaii en ce moment. (Ils se reconnaitront, coucou !) Avec d’autres, on parle plus souvent, si ce n’est tous les jours dans des conversations de groupes aux noms les plus étranges que les autres (Radio Bakery, tu me manques.) Il y a ceux aussi qui ont fini leur programme fièrement après un an. Je vous tire mon chapeau. Ceux qui trouvent la force d’extendre (lisez, « rallonger ») leur programme et de rester encore quelques mois. Félicitations les loulous. Et puis finalement il y a ceux que j’ai déjà pu revoir en France, à l’improviste ou lors de longs week-ends organisés. Ceux dont les noms sont déjà ré-inscrits dans mon agenda avec des plans sur la commette pour partir ensemble aux quatre coins du globe.

Merci à tout ce beau monde, merci à la petite souris et merci à EPCOT. Qui sait, je reviendrais peut-être un jour te rendre visite, cher Pavillon Français. En tant que Guest. Et je te demanderai moi aussi, à toi, futur petit Baker, un Mimosa à 9h du mat.

Once A Magic Maker, Always a Magic Maker,

 

 

* Bon ok, je ne l’ai pas encore entendu, mais je suis sûre que ça ne saurait tarder.

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