Bien être

Mon anxiété ne m’empêche pas de voyager.

Il y a quelques jours c’était la mental health day : la journée mondiale de la santé mentale. Si vous voulez mon avis, ça devrait être tous les jours. Ces maladies qui nous pourrissent la vie sont encore méconnues et nous coupe souvent du monde, alors qu’on rêve de l’explorer. Aujourd’hui, j’ai décidé de dire « non » à ma propre anxiété.

Cet article s’inscrit dans la trempe de mes derniers essais sur le blog, entre mon récitsur l’acceptation de mon corps par l’expatriation et mon burn out aux Etats-Unis. Quand on voyage, on ne laisse pas ses soucis à la maison, même si on aime le croire. Ce sont des bagages, comme le reste de nos valises. Il est temps de vaincre ce tabou autour des maladies mentales et de l’aide médicale et d’en parler. Oui, à ma petite échelle, j’ai beaucoup voyagé. Ça ne m’empêche pas d’être anxieuse. Je me soigne : aussi littéralement que métaphoriquement.

En bref, qu’est-ce que j’ai ? Entre auto-diagnostique et suivi particulier, j’ai eu une sorte d’épiphanie il y a peu. En scrollant sur Instagram, je suis tombée sur un post et je me suis dit : enfin, je peux mettre des mots sur ce que je vis. En anglais, on appelle ça : High functionning anxiety. On pourrait traduire ça vulgairement pas « anxiété de haute performance » ou encore « anxiété par l’efficacité. » A ne pas confondre avec la high functioning depression, dont les critères sont semblables mais souvent aggravés.

A première vue, les symptômes que cet article résume très bien, sont assez positifs vus de l’extérieur voir même plaisants : une personne souffrant de high functionning anxiety sera souvent considérée comme extravertie ou sociale. Pour le bien de cet article on va confronter ce que voit le monde et ce que moi, comme les autres anxieux, je vis. D’accord ?

 

 

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1— Les gens et moi.

Donc, on me qualifie souvent de radiante, solaire ou d’une amie attentionnée. Merci, ça fait toujours plaisir, surtout à l’égo. Ce qui se cache derrière tout ça : c’est un besoin d’être rassurée. Une peur du regard des autres (« ces rires là, sur mon passage, ils sont sûrement pour moi. Je dois être mal habillée aujourd’hui. ») et de ce qu’ils pensent de moi. J’ai un besoin maladif qu’on m’aime. Pendant longtemps, ma pire hantise c’était qu’on ne m’apprécie pas. Pourtant, on ne peut pas aimer tout le monde, c’est comme ça. Et bien si, je ne supportais pas l’idée que quelqu’un soit ne serait-ce qu’indifférent à ma personne : ami, profs ou boulangère, tous devaient me trouver gentille, polie et respectueuse.

Une personne anxieuse et efficace sera dépeinte comme étant quelqu’un d’altruiste, avec un flegme anglais, quelqu’un de passionné et surtout loyal en amour comme en amitié. En réalité cette peur d’être rejetée par l’autre se traduit par une incapacité de dire non : « t’aider pour un devoir ? Bien sûr ! Je vais même le faire avant d’avoir fini le mien ». Sous le calme apparent, c’est une discussion nerveuse qui s’installe, une incapacité à réellement regarder la personne dans les yeux ou à savoir ce qu’elle pense, en imaginant le pire.

Vous vous souvenez de l’agaçante et peu sûre d’elle Rachel Berry de Glee? C’est moi.

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Cas pratique : Pour mon bac de français, je suis sortie de la salle hystérique et en pleurs car j’avais l’impression que l’examinatrice m’avait dénigrée. J’ai finalement eu 18. Une pensée pour le pauvre cœur de ma mère et les montagnes russes que je lui fais subir au quotidien.

On nous pense comme bon enfant ou compétitif sur une base saine mais ce n’est pas le cas : j’ai une vilaine tendance à me comparer aux autres et être la meilleure en tout, n’est jamais suffisant. Le dernier facteur est la loyauté infaillible, voir aveugle, que l’on porte aux autres : ici, tendre l’autre joue n’a jamais autant bien porté son sens. On donne, on donne, on s’en prend une mais on redonne, jusqu’à être déçu. Et donner une autre chance. Puis une autre. Rancœur ? Pas de ça chez nous, monsieur. Je suis du genre à envoyer des cadeaux à l’autre bout du monde à quelqu’un qui ne me parle plus de puis des mois. Au cas où.

La pire chose qui pourrait m’arriver c’est décevoir quelqu’un. C’est aussi pour cela que je suis incapable de prendre une décision. J’ai peur de mes choix et de ce qu’ils impliquent pour d’autres individus.

Je suis également un Chidi Anagonye de The Good Place en puissance.

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D’autres exemples:

          

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2— l’Organisation

On me dit souvent « tu ne t’arrêtes jamais » ou « je ne sais pas comment tu fais pour tout mener de front comme ça, en même temps ». Ce qu’il y a derrière, c’est une incapacité à évaluer la charge de travail qui m’attend ou le niveau de difficulté auquel je vais devoir me confronter. Soupoudrez une pincée d’autodépréciation quotidienne et vous aurez la recette parfaite. Je n’ai jamais le sentiment de faire assez. Pour moi, tout ce que j’entreprends n’est pas assez poussé, pas assez bien, pas assez réussi, pas assez rapide, jamais parfait.

Tony Stark, un autre personnage chaotique drogué au travail.

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Cas pratique : J’ai souvent été contente de mes notes à partir d’un 16, voir d’un 17. J’ai été déçue de ma note de pré-mémoire. Quand j’ai été acceptée à La Sorbonne, je ne voulais pas y croire. Pour moi, que je sois acceptée moi voulait dire que le niveau de la fac n’était peut-être pas aussi bon que je le pensais.

Vu de l’extérieur, une personne avec une high functionning anxiété ou dépression est un-e business(wo)man : on ne l’arrête pas, c’est un char de guerre. Cette personne porte dix dossiers à elle toute seule, organise la moindre sortie, la moindre réunion des semaines voir des mois à l’avance et réussi en tout, dans le moindre détail. Elle se sent perdue si elle n’a pas assez de choses à faire, elle ne sait pas par où commencer, a dû mal à hiérarchiser les tâches. Elle garde également son espace de travail rangé et propre, au bord de l’obsession, avec un cerveau qui mouline beaucoup trop vite pour sa bouche.

Une petite idée de mon agenda toutes les semaines de l’année. Non, vraiment.

Encore une fois, mon problème c’est mon incapacité à dire non. C’est aussi une charge mentale importante : de toute manière on est jamais aussi bien servis que par soi-même. J’ai souvent été l’organisatrice des groupes de travail, des sorties au ciné et la personne qui préférait se taper la présentation PowerPoint en entier plutôt que de voir notre copain Jason la massacrer.

Sous cette couverture de « tellement de projets et si peu de temps » se cache une besoin maladif de tout mettre dans des cases répétitives, de compartimenter chaque activité et un cruel manque de spontanéité. (jusqu’à marquer dans son agenda quand s’épiler les jambes et quand envoyer un message mignon à une amie qui n’a toujours pas répondu à votre invitation pour l’anniversaire de Zoé, la cousine de la voisine que vous avez vu une fois, en CM2.) C’est aussi avoir un emploi du temps de ministre, des insomnies et s’étonner de finir en Burn out en travaillant 50h semaine tout en jonglant avec un master à distance, une relation amoureuse et une vie sociale.

La routine sommeil de Jerry, le 5ème conseil va vous étonner. 

Une autre qualité dont on m’a souvent affublée, c’est ma ponctualité. Je ne suis jamais en retard. Ou alors, si je le suis, c’est que mes deux heures minimales d’avance n’ont pas été de taille face aux forces de la nature. Ça se traduit surtout sur le point de vue personnel par un stress additionnel et une perte de temps, à attendre les autres.

Cas pratique : La première fois que j’ai pris l’avion, je n’ai pas pu poser ma valise car l’enregistrement n’ouvrait que deux heures après. La seule fois où j’ai failli manquer un avion, c’était un vol de Grenade vers Barcelone pendant mon Erasmus en Espagne. J’étais arrivée tellement en avance que je me suis perdue dans ma lecture et que je n’ai pas entendu le personnel au sol appeler mon nom au micro.

Et le dernier revers de la médaille quand on est aussi « efficace », c’est l’effet soufflet. Les gens ne voient que les vagues de productivité mais pas les périodes de procrastination intense à s’auto-flageller sans pourtant se sentir physiquement capable d’effectuer une action simple. Bonjour l’addiction à la bouffe, aux séries et la lobotomie : une fatigue physiologique et mentale, qui pèse et dont on met du temps à se remettre. C’est aussi un isolement inconscient : à force de vouloir, tout faire on est obligés de décliner certaines invitations pour faire autre chose de plus productif qu’une soirée filles à la place. Comme écrire un article par exemple.

3— Mais concrètement, comment ça peut impacter mon envie de voyager ou de vivre à l’étranger?

Le retour du Chidi.

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Cette anxiété me pourrit la vie car elle se traduit par un mécontentement presque constant : je travaille énormément sur ce point. En clair, peu importe si la visite est extraordinaire, il faudra toujours la rentabiliser et suivre un planning surchargé où l’on a à peine le temps de manger ou faire pipi. En 2017, j’ai effectué un court séjour en Irlande. Je garde encore un souvenir amer de ce voyage car pour moi à l’époque, j’avais eu le sentiment de perdre mon temps et de ne pas avoir assez découvert le pays.

C’est aussi s’exposer à des prises de becs tout dépend avec qui on voyage, on a bien sûr pas tous les mêmes goûts ni les mêmes envies. Explorer le monde avec quelqu’un qui n’a pas de respect pour le calendrier que j’ai préparé spécialement pour le voyage ou qui préfère dormir le matin me donne envie de m’arracher les ongles moi-même avec une petite cuillère. Ambiance pour des vacances réussies.

Voyager avec de l’anxiété c’est aussi demander plusieurs fois son chemin ou essuyer une crise de panique à l’idée de le faire soi-même. Appeler un taxi ? Avoir un humain à l’autre bout du fil ? Plutôt mourir. Alors on vérifie 4 fois où on veut aller et par quel moyen le faire sur Google Maps, on prend un screenshot  de la méthode et on revérifie au cas où.

A force de tirer sur la corde lors d’un long séjour (lisez ne pas manger, ne pas vraiment dormir et parcourir des dizaines de kilomètres chaque jour pour tout voir) notre patience s’amenuise. C’est comme ça que vous vous retrouvez à vous embrouiller avec votre amoureux car il ne sourit pas sur la photo parfaite que vous vouliez tant. Comment les gens vont voir votre efficacité si vous ne postez pas sur Instagram ? Une autre mésaventure peut être la crise de larmes ou d’hystérie. Ma pire à ce jour, mon pétage de câble en Ecosse après avoir raté le bus que je voulais à tout prix, même si le prochain arrivait quelques minutes après : j’avais peur d’arriver en retard à la visite que j’avais réservé.

Moi dans ce putain d’abribus.

4 — D’accord, et comment on y remédie ?

Il n’y a malheureusement pas de recette miracle. Ça demande du temps et des personnes attentionnées autour de vous pour vous aider, vous tempérer. Il faut se tourner vers un suivi médical, des exercices quotidiens et des amis qui vous veulent du bien. C’est aussi se faire violence de temps en temps, quand on s’en sent capable. C’est arriver à faire taire les voix dans sa tête, quelques minutes par jour.

 

Quelques conseils de l’acteur Chris Evans sur le sujet.

Chacun a sa propre méthode, personnellement, je marche beaucoup avec de la musique. J’ai une playlist spéciale, qui est devenue magique. Mon cerveau a assimilé que ces chansons précises voulaient dire qu’il était temps de me calmer et  de respirer profondément. Je mets mes écouteurs, je me coupe du monde et il n’existe plus rien au monde, si ce n’est mon petit cocoon et mes musiques préférées. Quand j’écoute ma playlist j’ai le sentiment que, si je ne pourrais sans doute pas parcourir le monde entier, aujourd’hui je peux le conquérir.

 

 

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* Bonus: Stanley Weber dans Not Another Happy Ending, un de mes films préférés.

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