Espagne

Comment mon ERASMUS en Espagne a changé ma vie

Les conséquences du brexit sur le programme ERASMUS +

Il y a quelques mois déjà, le Royaume-Uni a finalisé son Brexit. Dans son sillage, cette mésentente a emporté les accords d’échanges universitaires et notamment le programme ERASMUS mundus. Aujourd’hui, les étudiants européens ne pourront plus aller étudier au Grande-Bretagne, et vice versa. Cette réalisation me rend profondément triste et nostalgique. Je n’ai pas eu la chance d’étudier au Royaume-Uni pendant mon cursus, j’avais choisi l’Espagne. J’ai tout de même participé à un échange européen après ma licence, en tant qu’assistante de langues en Angleterre. Une opportunité qui me serait vraisemblablement fermée aujourd’hui. Mon cœur se serre en pensant aux universitaires britanniques comme européens qui n’auront pas l’occasion ni la chance d’apprendre une langue à l’étranger… ni d’apprendre à (y) vivre.

Ce que le programme ERASMUS en Espagne a fait pour moi

Photo prise lors de mon erasmus en Espagne à Grenade, en Andalousie. (Carmen de los Martires)

Après tout, sans ERASMUS, ce blog n’existerait même pas. À l’origine, j’ai lancé Maëva’s Mapa Mundi en 2017 pour mon départ en Espagne et plus particulièrement à Grenade, la perle d’Andalousie. Je voulais y parler de mon programme, mes études, mon quotidien dans la ville et les voyages. Ce que j’ai fait. Avec le temps, le blog a mué et s’est transformé en site de voyages, entre les articles touristiques et les tranches de vies. Aujourd’hui, je souhaite prendre une autre direction. Des posts ont disparu, d’autres idées sont venues. Plus qu’un guide, un itinéraire et des bonnes adresses locales ; j’aime parler de culture populaire et de ce qui fait vraiment les destinations que l’on aime découvrir : la vie qu’on y trouve.

J’essaye d’imaginer ce que serait devenu mon quotidien sans ERASMUS +, mais j’avoue avoir beaucoup de mal. Je me vois écrire ma lettre de motivation pour l’université ou encore me ronger les sangs en me posant les questions « Est-ce que je vais avoir le droit à une bourse erasmus ? » « Et si je ne parle pas bien espagnol ? » « Quelle ville choisir en Espagne ? Madrid? Barcelone ? » « Quel budget prévoir pour mon projet erasmus ? » « Et le logement ? colocation ? appartement au centre de Grenade ? » « Et le téléphone en Espagne, ça marche comment ? »

Sans cet échange à Grenade, je ne me serais pas rendue compte que le système scolaire français me pesait beaucoup et que j’avais besoin d’une pause. Je n’aurais pas pris mon courage à deux mains pour organiser mon année sabbatique et devenir prof de français en Angleterre. Sans cette première piqûre, je n’aurais pas attrapé ce satané virus qu’est le goût du voyage. Je n’aurais pas appris à aimer me balader seule, à explorer des lieux inconnus et à prendre le temps de me perdre pour me découvrir moi-même.

L’avant et l’après ERASMUS en Espagne

les singes de Gibraltar lors d'une visite pendant mon séjour et semestre ERASMUS

En vérité, je pense que je ne serais pas la même personne aujourd’hui sans ce programme. Cette expérience en Andalousie a été le déclic, comme un tatouage d’une longue lignée. Je me rappelle à quel point mon anxiété me rongeait tout entière avant d’arriver dans le sud de l’Espagne. Je me souviens des premiers jours catastrophiques, les pleurs, les doutes et l’envie de rentrer.

C’est mon épanouissement qui reste néanmoins gravé dans ma tête, dans ma peau. La confiance que j’ai pris en moi et en mon corps, en mes capacités linguistiques et professionnelles. Je garde avec moi le souvenir de ma petite zone de confort que j’avais amené dans ma valise et qui me gardait prisonnière. Je me rappelle l’avoir laissée derrière moi dans ma chambre au début de mon séjour pour ne la retrouver qu’un semestre plus tard, agrandie et enrichie par toutes mes expériences. Mon programme ERASMUS + a été synonyme de tellement de choses : d’émancipation face aux diktats de mon pays d’origine de mes proches, de mes propres pensées.

Quel avenir pour les programmes d’échanges universitaires ?

visite à Ronda pendant mon semestre ERASMUS plus

Ce semestre d’études a été l’occasion de me lier des amitiés avec des personnes qui font encore et toujours parti de ma vie. Des gens que j’ai revu aux quatre coins du monde ou dans ma petite France. Ce sont des souvenirs comme les boites de nuit de Grenade ou la vue sur l’Alhambra, des fous rires qui ne me quittent jamais et m’ont aidés à grandir. Aujourd’hui j’ai mal et je pleurs car je repense à l’adolescente, la presque adulte, terrifiée à l’idée de déménager à l’étranger. « Comment partir en erasmus plus ? » mais surtout « Pourquoi partir? » Sans cet échange universitaire, je serais encore perdue, destinée à errer au terminal de l’aéroport. J’ai tellement appris avec mes professeurs espagnols et les habitants de Grenade. C’était finalement mon premier véritable plongeon dans ma vie d’adulte, plus loin encore que les centaines de kilomètres qui me séparaient de ma famille en France.

Plus encore, ce qui me reste dans la tête, ce qui me martèle l’esprit et tambourine à mes tempes c’est le mot « chance ». Quelle chance d’avoir pu partir. Quelle chance d’avoir bénéficié des aides régionales et européennes, ces bourses qui m’ont aidée à trouver un logement et prendre mes marques dans mon premier pays d’adoption. Quelle chance d’avoir eu accès à une éducation différente, un système scolaire qui m’a redonnée la passion des études. Quelle chance d’avoir fait de telles rencontres, si enrichissantes.

Mon semestre d’échange universitaire m’a fait l’effet d’un pansement, d’un morceau de sparadrap qu’on enlève d’un coup en emportant avec un petit bout de croûte d’une blessure qui restait béante. J’ai appris à guérir et à vivre avec. Je me suis rendue compte qu’on pouvait avoir des cicatrices et continuer à sourire, à aimer, et à vivre. J’aimerais prêter un peu de mon pansement au Royaume-Uni et ses étudiants. Peut-être qu’un petit bout de scotch suffira à recoller les pots cassés d’une génération ERASMUS+ sacrifiée.

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