On stage, Walt Disney World

Chroniques d’un grand pays

Bienvenue à Baskin-Robbins, Voulez-vous essayer notre nouveau granité à la mangue?

Je pense qu’il est grand temps de vous parler un peu plus des États-Unis et de mon expérience avec la culturelle américaine, en particulier avec quelques exemples de quelques comportements que l’on peut rencontrer quand on travaille à Disney World. Il est temps de commencer une nouvelle catégorie, qu’en pensez-vous ?

Alerte : cet article sera illustré par cette célèbre scène de Ant-man car 1) j’adore Marvel. 2) Cette scène est criante de vérité. J’aurais pu la vivre. (Touts les gifs viennent de tumblr, redbloggy ou de wordpress)

Si le titre de cet article vous dit quelque chose, c’est que c’est aussi la traduction  d’un livre de Bill Bryson « Notes from a Big Country ». Vous avez sans doute entendu parler de cet auteur, il est assez connu pour ces romans humoristiques sur l’Angleterre, où il a passé plus de vingt ans, et les États-Unis, son pays d’origine. Le fait d’avoir été expatrié pendant si longtemps lui a permis d’avoir un œil nouveau sur ce grand pays et de le redécouvrir avec un humour particulier.

Dans « Cupholder revolution » (La révolution du porte-gobelet), Bill Bryson décrit l’amour qu’ont les américains pour leurs voitures et leur confort dans celles-ci. C’est vrai. Les voitures américaines sont une nécessité pour se déplacer. Faire les courses ? Voiture. Aller au restaurant ? Voiture. Aller au travail ? Voiture. Se déplacer jusqu’à l’aéroport ? Voiture. Ou du moins pour moi… Uber. C’est une des choses qui m’a dérangé le plus aux États-Unis : avoir besoin de sa voiture, ou celle d’un autre, pour se déplacer et tout simplement vivre. Sans voiture, on est encore plus dépendants qu’en France et on ne peut rien faire. Les Cast Members (c’est comme ça qu’on appelle les employés chez Disney) ont la chance de pouvoir profiter des bus pour aller au travail, aux parcs et à quelques endroits vitaux (du style la poste, Walmart ou Publix.) mais passé ces quelques points de passage, on est livrés à nous même condamnés à marcher. Enfin… rien n’est fait pour les piétons aux États-Unis. Que ce soit les passages piétons avec feux rouges sans fin ou grandes artères et avenues où on risque de mourir à tout moment… la voiture devient une nécessité par sécurité. Ou par confort ? Flemmardise ?

Je vais vous prendre… Un burger s’il vous plaît.

Dans« Slight Inconvenience » (une légère inconvenance) l’auteur explique que les Américains aime seulement une chose plus que leurs voitures: leur confort. Les Américains aiment être aidés ou même accompagnés, assistés (« assisted ease » dans le texte). Ça peut aller de la caissière qui fais vos sacs pour vous à Walmart, (en remplissant un sac plastique avec deux articles, un carnage pour l’écologie) à la voiture aux sièges chauffants, à la climatisation et qui se gare toute seule ; aux… scooters. Les scooters, affectueusement appelés « fat-mobile » par les français du Pavillon Français (le coin français du Parc EPCOT, promis je vous en parle plus bientôt.) sont des engins mi-futuristes, mi-rétrogrades que beaucoup de clients utilisent. Appelez-ça le syndrome de la poussette. (Après tout, vous le verrez rapidement à Disney World, les familles américaines tiennent leurs enfants de 5 à 10 ans soit en poussette trop petites pour leurs grandes jambes, soit en laisse. Oui, en laisse, vous avez bien lu.)

On ne… On n’en fait pas.

Habituellement utilisés pour des problèmes de santé, notamment chez les personnes âgées, les scooters sont également utilisés en Europe, j’en ai déjà vu quelques uns en Angleterre. Mais rien de comparable avec les Etats-Unis. Le problème avec ces « fat-mobiles » (on appréciera la grossophobie internationale des nos collègues français qui vont se retrouver avec un procès de Batman sur le dos) c’est qu’elles ne sont pas pratiques. Pour personne. Elles ont tendance à être assez grosses, et donc à prendre de la place. Imaginez un restaurant ou une attraction avec ces engins garés devant. Elles sont aussi très bruyantes : la première fois qu’un guest (client chez Disney) a fait une marche arrière, j’ai cru que l’alarme incendie s’était déclenchée. J’ai failli en lâcher mon sandwich alors que je servais quelqu’un. True Story. Ensuite, elles sont parfois utilisées à tord et à travers : les Américains sont aussi très entêtés quand ils le veulent – déterminés devrais-je dire – et ce n’est pas une file d’attente en serpentin avec quatre virages serrés qui va leur faire peur. Même si ça veut dire se prendre tous les cordons de sécurité et de bloquer les clients suivants devant les vitrines, en plein rush. Le plus rageant, c’est quand finalement le guest en client se lève sans difficulté pour régler la note. Le nombre de fois où on a vu à la Bakery une grand-mère en béquille laisser à son petit-fils son scooter pour qu’il s’amuse en attendant de commander… Qui en a le plus besoin des deux ?

Un Pretzel. Un Pretzel chaud. Avec de la moutarde… Vous avez de la sauce à la moutarde?

Disclaimer: Oui, les américains sont fous de Pretzels. Genre, vraiment. 

Aujourd’hui, on va aussi parler du choix, ou du moins de l’immensité de possibilités dans tous les magasins nord américains. En France – ou allez, on extrapole, en Europe – on a bien sûr plusieurs choix de saveurs de chips, ou de chocolat. Mais ça n’a rien à voir avec ce que vous pouvez trouver aux Etats-Unis. C’est ce dont parle Bill Bryson dans « Enough Already » où il se retrouve coincé à Starbuck à répondre à un questionnaire sans fin sur son café, s’il le veut serré, long, avec de la crème locale, fouettée, du lait animal ou végétal, avec une touche de cacao, de sirop, de cannelle, en grande ou petite tasse… Alors qu’il voulait presque un simple expresso.  Les américains aiment le choix. Et ils aiment les échantillons. Vous croyez qu’on donne beaucoup d’échantillons gratuits à Disney ?

On vend des glaces. On est chez Baskin Robbins.

Voilà. On avait pas loin d’une quinzaine de parfum au glacier l’Artisan des Glaces. Et c’était terriblement frustrant pour beaucoup de guests de ne pas pouvoir goûter. Le plus souvent, on avait le droit à des réactions démesurées, qui mériteraient un Oscar. Les clients écarquillaient les yeux, bouche ouverte, lâchaient un « oh wow », comme vexées. On a aussi entendu des phrases telles que « you don’t understand it’s a life matter decision » (c’est une question de vie ou de mort! ) ou « how can I choose if i don’t taste » ? (comment savoir si j’aime si je ne goûte pas?)  Car visiblement choisir le parfum d’une boule à 5 dollars est plus difficile que d’acheter une maison. Il semble même qu’aucun client n’ait jamais goûté un de nos parfums dans sa vie de tous les jours : vous avez déjà goûté à de la myrtille ou de la noix de coco vous ?

Alors je prendrais, je sais pas, ce que vous avez de chaud.

Bill Bryson fait référence à ce phénomène dans son chapitre « Uniformely awful » (Uniformité barbante) où il raconte son amour pour le chocolat européen, français, suisse, belge… avec des goûts et des textures différentes des chocolats américains insipides selon lui, sans plaisir pour les papilles. Il explique aussi que beaucoup d’américains préféreront aller dans un restaurant de restauration rapide renommé mondialement plutôt que dans une enseigne familiale et locale qui offre le même type de nourriture. C’est réconfortant et c’est un synonyme de sécurité. C’est la même chose avec les glaces ! Enfants comme adultes choisissaient pour la grande majorité des parfums classiques : vanille, fraise, chocolat sans s’aventurer sur les routes de la mangue, de la cannelle, du pain d’épice… et c’est dommage. Les Américains n’aiment pas ce qu’ils ne connaissent pas. Un grand sujet de débat était le parfum « Peanut Candy » une sorte de chocolat-praline. Sauf que la praline n’est pas du tout répandu aux Etats-Unis. Et voir du rouge dans un parfum au chocolat c’est… déconcertant pour certains. Alors beaucoup changeaient d’avis pour un autre parfum après un air dégouté, ou marquaient un temps d’arrêt quand on leur tendait leur cône. Soit ils s’insurgeaient que ce n’était pas ce qu’ils avaient choisi, soit on se précipitait de dire en une seule inspiration « yes, this is the peanuty candy, it’s only red because on the candy around the peanut » (oui, c’est bien le parfum à la praline, c’est justement rouge à cause du sucre/bonbon autour de la noix). Mais c’était souvent un combat perdu d’avance.

Non mais gros…

Sans parler du choc qu’ont les parents en apprenant que nous n’avons pas de petites « paillettes » à mettre sur les boules de glaces, ou que le parfum blanc avec des copeaux de chocolat n’est ni cookie-oreo ni vanille-choco mais bien menthe sans colorants (après tout , il suffit de lire l’écriteau) ; imaginez la dissonance cognitive quand certains guests apprennent que selon nous, il n’y a aucune différence entre gelato et ice cream. En Europe, c’est tout simplement la traduction italienne. Visiblement aux Etats-Unis, il y a une différence de matière grasse ou de pourcentage de lait qui impacterait l’onctuosité de la glace. Enfin… du gelato. Un éternel débat. Ça peut être frustrants quand certains font demi tour en apprenant que c’est ou ce n’est pas de la glâce/ice cream/gelato/sorbet. Ah, oui le sorbet c’est aussi un grand mystère pour la plupart des comparses de l’oncle Sam…

Darby, est-ce que tu pourrais, euh, t’occuper de cet imbécile? Merci.

Une autre chose à laquelle Brill Bryson fait référence c’est l’impatience de beaucoup d’américains. Quand on est en caisse, la plupart des guests nous tendent leurs cartes avant même qu’on ait fini de rentrer le contenu de leur plateau dans le système. Un bonjour est souvent remplacé par une commande pour un sandwich, un « how you doing » n’attend pas de réponse.  Ils ne sont pas habitués à devoir utiliser un terminal eux même et encore moins utiliser leur puce et code pin. Ils utilisent pour la majorité le « swipe », cette petite bande passant que nous, les français, on a l’habitude de bouder. Alors on ne compte pas le nombre d’opérations annulées car le client arrachait sa carte avec hâte… Certains sont tellement pressés qu’ils ne vous écoutent pas du tout, parfois ils arrachent leur reçu eux-même du terminal ou s’apprêtent à partir sans avoir fini de payer. Exemple de dialogue surréaliste « Auriez-vous trente-trois centimes par hasard ? » « Non merci ! »

J’ai l’air de beaucoup me plaindre mais la plupart des guests sont des amours. Il est cependant facile d’identifier des comportements récurrents et de les généraliser. C’est ce que fait Bill Bryson avec brio : déceler les contrastes culturels entre différents pays et les exploiter pour mieux en rire.

 

Moi quand on viendra me tirer les oreilles pour cet article : 

Ah, vous l’avez découvert.

 

Photo de couverture : Quoi de mieux qu’Epcot et son World Showcase (Comprenez, Vitrine du Monde) pour parler de différences culturelles? It’s a small world, after all. 

 

1 Comment

  1. Chefs de France : Pourquoi je suis partie – Maëva's Mapa Mundi

    25 mars 2019 at 10:39

    […] Italie, Maroc à ma connaissance.) Il y a peu déjà je vous parlais de ce qui pouvait me faire tiquer chez les américains à grand coup de GIF Marvel. Aujourd’hui, je vais parler d’un sujet qui fâche. Pourquoi j’ai […]

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