Backstage, Bien être, Walt Disney World

Chefs de France : Pourquoi je suis partie

 

—C’est une bonne situation ça, Baker ?

—Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres (la Team Bakery). Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi (à la résidence Vista Way). Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… (Un programme de six mois à un an.) Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face je dirais, le miroir qui vous aide à avancer (Le management). Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie…je ne suis qu’amour (un vrai Disney quoi)! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? », (« Alors Disney, c’était comment ? ») et bien je leur réponds très simplement (« FUIS ! »), je leur dis que c’est ce goût de l’amour (Les parcs gratuits) ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une construction mécanique, mais demain qui sait ? (Travailler réellement pour Disney ?) Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… (et être enfin payée en conséquences…)

EDIT: Bon, en 24h, ce post a fait plus de 1000 vues. Certains sont d’accord, d’autres non. On en parle beaucoup au Pavillon, sur les groupes facebook ou par messages privés. Je le répète et le souligne, je parle de mon expérience personnelle. Loin de moi l’idée de lancer une chasse aux sorcières ou de pointer du doigt un manager en particulier, c’est d’ailleurs pour ça que je ne cite aucun nom. Personne n’a été odieux avec moi spécialement je veux juste parler du ressenti de mon groupe d’arrivée. Ce n’est pas parce que je n’étais pas dans le collimateur de mes supérieurs que je dois cautionner ce qui a été dit ou fait à mes collègues. Encore une fois, je ne veux pas décourager les nouvelles recrues. Bien au contraire j’espère que les choses vont changer et qu’ils pourront regarder cet article comme un torchon après s’être fait leur propre avis. Once a Magic Maker, Always a Magic Maker, 

En souvenir du festival Food & Wine et de jolis feux d’artifice.

Bon, maintenant que je vous ai mis dans l’ambiance avec une bonne vieille réplique culte (« Et là, un petit géranium ! ») on va pouvoir rentrer dans le vif du sujet. Ce n’est plus un secret pour vous si vous suivez le plus, il y a bientôt presque huit mois (8 !!) j’ai une nouvelle fois fait mes valises après un an en Angleterre pour les Etats-Unis cette fois-ci. Là-bas, j’y ai fait plein de choses, comme par exemple participer à un Comic-con ; mais j’ai surtout travaillé pour Disney. Enfin, Disney, c’est un bien grand mot. En réalité, j’ai travaillé pour le groupe Chefs de France — Bocuse à travers International Services chez qui Disney sous-traite quelques uns de ses Pavillons à Epcot (France, Italie, Maroc à ma connaissance.) Il y a peu déjà je vous parlais de ce qui pouvait me faire tiquer chez les américains à grand coup de GIF Marvel. Aujourd’hui, je vais parler d’un sujet qui fâche. Pourquoi j’ai plié bagage et je suis rentrée en France beaucoup plus tôt que prévu. Depuis mon départ et surtout depuis mon retour à l’aube 2019 sur notre bon vieux sol français on m’a posé beaucoup de questions sur le programme et comment je m’y étais sentie. Alors quand me pose la question « Comment c’est être Baker ? » (ou devrais-je dire « Hôte-hôtesse en boulangerie) je pourrais partir dans des explications philosophiques comme Otis à Panoramix, cités plus haut… mais non.

Disclaimer : je parle ici de ma propre expérience personnelle, durant mes 4 mois de service au Pavillon de Français. Je ne parlerai que des positions de Baker et Glacier car je n’ai pas occupé de poste ni en restauration (Le restaurant Chefs de France), ni aux kiosques Vin, Crêpes (Food, Wine) ou Festival. Je parlerai encore moins du côté Merchandize (Vente) car c’est une toute autre juridiction !

Ça peut paraître bizarre pour certains que je commence mon récit de mon aventure floridienne avec un article qui parle de la fin de mon séjour et sans doute de manière négative. Pourquoi ne pas parler de l’inscription, des entretiens, des rendez-vous Visa, de mon arrivée, mon installation et du monde merveilleux de Mickey ? On aura le temps pour tout ça. D’ailleurs, il existe des milliers de blogs sur le sujet où vous pourrez trouver des informations, poser des questions… Oui, j’écrirai quand même sur le même thème car certains de ces sites ont été supprimés ou commence à se faire vieux. Si je voulais à tout prix commencer par cet article c’est pour me délester d’un poids, me libérer du peu de négativité et des mauvais souvenirs de ce programme pour ne me rappeler que des bons côtés. Et aussi pour être franche avec les futurs Bakers qui vont lire ces lignes. Ne croyez pas forcement ce que vous lisez sur les sites de recrutement car on vous ment. Beaucoup.

Quand on me demande de décrire l’ambiance au travail, il est assez dur d’y mettre des mots. Je me permets de citer le blog de Une Bee à Disney World, dont l’article remonte à cinq ans déjà. J’ai travaillé à la Bakery en 2018-2019 et j’ai pu constater des dégâts similaires, son témoignage montre donc que les choses ne sont pas prêtes de changer :

« J’en ai eu marre d’être traitée comme de la merde (et je pèse mes mots) par une manager vaniteuse qui faisait régner la politique de la peur afin de mieux régner. Cette femme aigrie pourrait faire l’objet d’une étude psychologique et fut l’objet de toutes les rumeurs, fantasmes et restera un vrai mystère, tant de méchanceté pour une femme qui recherche la perfection physique et semble se venger sur ses employés je vous jure que je n’avais jamais vu aussi peu d’humanité. A avoir peur de demander des jours off particulier ou un back to back et se faire refouler parce que madame n’a pas envie et aime exercer son pouvoir comme cela. Mais sa vie est bien triste et je ne l’envie pas. »

Ambiance. Ces mots sont forts mais tout comme le reste de son article, j’ai pu constater beaucoup de vrai. Comme Bonnie, j’ai ressenti une grande lassitude et au bout de seulement quatre mois j’ai pris la décision de partir. Je réalise aujourd’hui que j’ai fait un Burn out. Appelez ça comme vous le voulez, mais accumuler des cours de Master 1, un troisième déménagement à l’étranger en moins de deux ans, un boulot à plein temps, l’éloignement avec mes proches et des difficultés financières ont eu raison de moi.

Les études, c’est ce que beaucoup d’entre vous retiennent. « Quoi, mais un Master à distance ? En travaillant aux États-Unis cinquante heures par semaine ? Mais elle est folle ! » Beaucoup de mes collègues m’ont soit : tiré leur chapeau tellement bas qu’il touchait terre quand je leur en parlais, soit regardé comme si j’étais un ovni, qu’on ne verrait jamais en soirée car trop occupée par ses devoirs. Oui c’était un rythme fou. Ça n’empêche pas que mon mémoire et mes rapports à rendre sur la civilisation américaine n’en ont été que meilleur. J’ai eu un déclic une semaine avant mes partiels, après quatre mois je me suis dit « tu l’as fait jusqu’à maintenant mais là, soixante heures par semaine pendant les fêtes et cinq dossiers, tu vas devoir faire un choix ». Des problèmes d’inscriptions, de cours et de bourses m’ont usé les nerfs alors j’ai plié. Je suis rentrée au bon moment, j’ai travaillé de manière très intense et j’ai validé mon premier semestre avec 15 de moyenne. Et je compte bien rendre un mémoire du feu de dieu messieurs-dames.

Hi MTV, Welcome to my crib!

 

D’autres pensaient que ma famille me manquait tellement que je me sentais obligée de rentrer. Ce n’était pas le cas. C’est une des premières choses qu’on vous demande en entretien : « vous vous voyez tenir six mois à un an loin de votre famille ? ». Le mal du pays je l’ai déjà eu, mais après l’Espagne et l’Angleterre, je suis rodée. Avec une relation à distance en plus, ce n’était pas gagné, mais ça encore on l’avait déjà fait. Mes colocs et mes collègues sont devenus ma nouvelle famille et m’ont entourée. Mes crises de fatigue, sommeil, de larmes n’avaient rien à voir avec un manque affectif, c’était autre chose.

Je pense que le rythme m’a usée à la longue. On se lève très tôt et on se couche très tard si on espère vivre en dehors du travail. Nos horaires varient entre huit heures du matin et vingt-trois heures voire minuit. (Ou plus pour les fêtes.) Ajoutez une à deux heures pour le temps de transports (bus de votre résidence à la Wardrobe, là où vous récupérez vos costumes ; puis de la Wardrobe jusqu’à votre pavillon. Vice versa le soir.) sur un shift moyen de dix heures par jour en Bakery, la moitié de vos petites vingt-quatre heures est déjà partie en fumée. Si vous voulez en plus manger, cuisiner, boire un coup, regarder un film… c’est quoi déjà le sommeil ? Mais c’est pour quoi on signe quand on travail au Pavillon français : la boulangerie est le point de vente qui ouvre le plus tôt dans le parc, petit déjeuner oblige. Ça va mieux une fois que vous passez au Glacier par exemple, commencer vers dix heures, ça a du bon et ça s’apprécie. Ça ne nous nous enlève pas nos journées interminables à faire un travail ingrat : laissez vos manières de princesses (Disney) à la maison, vous allez toucher à tout. Caisse, mettre en rayon, accueil client, nettoyage, plonge, service, et surtout beaucoup de nettoyage en profondeur et de réparations, vous allez tout faire. Vous allez changer tellement souvent de casquettes que vous pourrez vous adapter à tout en rentant en France. Mais vous allez surtout vous rendre compte que la vie ce n’est pas travailler sans cesse. Au Pavillon Français on a le temps de rien. Une pause de vingt minute pour toute la journée pour faire pipi, grignoter, aller fumer, se dégourdir les jambes, avoir le droit de discuter et faire une sieste ? Ça  vous semble limite long à la fin. Cuisiner ? Pas le temps. Manger ? Pas le temps. Dormir ? Pas le temps. Faire ses courses, sa lessive ? Pas le temps. Vivre comme un être humain avec des sentiments et des droits ? Pas. Le. Temps.

 

Le traitement que réservent certains membres du management pour le personnel est aussi une des raisons pour laquelle j’ai claqué la porte. (Je l’ai claquée très gentiment, je l’avoue.) Des boulots de merde, j’en ai fait. Boursière et étudiante je suis passée par tous les traquenards et boulots douteux. Même en récurant des chiottes jusqu’au coude je suis restée plus propre qu’aux Inter-cleaning du dimanche soir à la Bakery. Peu importe la tâche ingrate, mes supérieurs français étaient toujours respectueux. A la boulangerie les Halles, ce n’est pas le cas. Parler de despotisme serait à peine exagérer. Je ne suis pas la plus à plaindre car j’ai l’impression que j’étais dans les bonnes grâces de certains managers (pour ceux qui se souvenaient de mon nom.) La boulangerie est tenue d’une main de fer. Ce que j’ai détesté c’est ce management contre productif par la peur. La peur d’être terminée à la moindre faute (pour les novices, se faire terminated, ce n’est pas subir une prise de catch par la manager en chef mais se faire renvoyer chez soi. Et quand je dis chez soi, c’est en France, sous 48h après le licenciement. Merci et aurevoir.) ou d’avoir un rouge. Oui, vous avez bien lu un rouge, comme à la maternelle. Car au Pavillon Français, du moins en Food, tout ce qu’on fait est noté. Surtout le nettoyage. Une des grandes joies de travailler pour un sous-traitant Disney, à contrario des vrais employés : on fait tout le ménage soi-même. Ça va du vert au rouge, vous l’aurez compris. On a des petites gommettes.

Le vert est compliqué à avoir (peut-être qu’un jour ça deviendra une étoile ou un bon point ?). Le jaune c’est le « je peux pas te donner du vert mais c’est propre alors voilà un jaune ». Le orange c’est « attention, ton comptoir est biens sticky, la prochaine fois ça sera rouge. » Alors que finalement c’est peut-être le doigt du manager qui est sticky et pas ce que tu viens de nettoyer. Et le rouge ben… ça peut être beaucoup de choses : tu as ouvert un paquet de gobelet et tu n’en as pas utilisé l’intégralité, il reste un grain de cacao sur ta machine à café, une miette de croissant est restée collée sur ta vitrine impossible à soulever, il y a une tâche de coulis sur le gaufrier que tu as passé plus de temps à visser qu’à nettoyer car il tombe en lambeau. Et comme à l’école, si tu as trop de rouge tu as un avertissement sur ton bulletin. Enfin je veux dire, un mot dans le carnet. Pardon, une remarque dans ton dossier Disney. On va aussi vous demander d’apprendre les produits par cœur et de savoir les réciter puis on vous interroge, on vous donne une note (et si vous ne les connaissez pas on peut vous envoyer en salle de pause les apprendre pendant deux heures non payées, au coin). Peut-être qu’on convoque tes parents si tu bavardes trop quand tu es en ligne. Il existe aussi les points en fonction de votre comportement : on vous enlève tant de points si vous êtes en retard, malade etc. Et comme au permis, on vous enlève votre droit de travailler quand vous avez épuisé votre quota de points. Retour à la maison. Il y a une certaine emprise psychologique sur le personnel, il n’y a qu’à voir comment l’équipe se compote tout dépend le manager de la journée, ça peut être le bazar. Comme il peut y avoir un silence de mort, des têtes décomposées et une joie de vivre proche du néant en fonction de la personne qui nous surveille. (Comme à la récré.) Il y a aussi beaucoup de favoritisme, de différences entre les employés : certains se font tout pardonner alors que d’autres se voient renvoyés à la première faute, direction la prison sans passer par la case départ. (ou la case Maison.) Si quelqu’un fait de la merde et a simplement décidé de ne pas travailler c’est toi qui va ramasser pour ses bêtises et tout le monde en paye le prix, sauf l’intéressé. On se fait traiter mal de tous les côtés et ce qui me choque le plus c’est que chacun des managers a été à notre place à un moment donné, ils ont déjà fait le programme. Il y a cinq ans, dix ans, presque vingt. Peu importe. Est-ce qu’ils ont oublié ce que c’est peut-être ? Ou alors c’est une vengeance personnelle ?

Mais la réelle entourloupe à mon goût c’est les plannings. La semaine aux Etats-Unis commence le dimanche et donc, jusqu’au samedi. On est sensé avoir un planning un petit peu en avance, au moins quelques jours, c’est tout ce qu’on demande. La majorité du temps, ils tombaient le samedi soir, très tard. A titre de comparaison, la plupart des pavillons ont leur planning pour le mois au moins. Certains savaient dès septembre s’ils allaient travailler pour le réveillon et donc, c’est possible de s’organiser. Pour les Bakers, on rentrait parfois du travail sans savoir à quelle heure on commençait le lendemain. Parfois c’était une bonne surprise, on ne travaille pas ! Parfois on  fait la grimace car on est d’ouverture. Pire on voit qu’on enchaine deux weekends collés l’un à l’autre et qu’on aurait pu partir un peu si on l’avait su avant. Pour moi elle est là la réelle emprise : des employés qui n’attendent que de savoir quand sont leurs prochains jours offs, et à qui on ne répond ni de vive voix ni par mails ; ça serait bien trop facile. Parlons-en des days off. Sur le papier, en Bakery, vous avez deux jours « weekends » consécutifs ou non par semaine. Puis vous avez le droit, à un B2B ou Back to Back (coller deux weekends ensemble afin d’avoir quatre jours et voyager) par mois. En quatre mois je n’en ai eu qu’un seul : plus de places car les anciens avaient tout réservé à l’avance, mon mail était passé à la trappe ou le manager n’en avait tout simplement pas envie. Avoir les mêmes jours que ses amis devient un vrai casse-tête. Alors ne comptez pas trop sur ces précieux weekends pour vous faire découvrir le pays. On va vous répéter sans cesse que c’est un cadeau et qu’on devrait les remercier : « après tout le pavillon Italien n’a rien du tout ! » Vous avez aussi la possibilité de demander un jour en particulier de temps à autre. Ne parlons pas des Family Week (une semaine de six jours du jeudi au mardi pour que votre famille vienne vous rendre visite, preuve du billet d’avion à l’appui.) J’avais demandé la mienne presque à mon arrivée, deux mois plus tard j’étais toujours à relancer. Résultat, les billets avaient triplé pour l’amoureux et c’est devenu une visite beaucoup plus chère que prévu. Pendant les fêtes, vous n’avez qu’un jour par semaine et il faut faire avec, pas de fatigue qui tienne. Aux dernières nouvelles, beaucoup de gens ont démissionné alors le rythme soixante heures semaine/un jour off par semaine est devenu la norme pendant plus d’un mois.

Ce qui m’a beaucoup pesé c’est l’ambiance générale en Bakery. Sans parler de la mauvaise ambiance de travail, il y a forcément des clans un peu partout. Tout dépend les groupes d’arrivés, des amitiés se font, se défont, tout ce qu’il y a de plus normal et on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. Il y a quand même cette sensation de colonie de vacances. Mais pas la bonne colonie, plutôt celle avec tous les cancres du fond de la classe qui vous martyrise à la récré et vous pique votre goûter (ou les produits en rayon.) Peu importe l’âge des Bakers (la grande majorité se situent entre 18 et 25 ans, parfois plus) c’est pour beaucoup leur première vraie expérience à l’étranger et ça se ressent. Alors quand on a déjà vécu un Erasmus, ça peut être pesant. Ça n’excuse pas le fait qu’on nous traite comme des gamins mais c’est un peu plus compréhensible quand on voit certains éléments. La Bakery c’est un peu comme une téléréalité, il y a des clashs, des rumeurs sorties de nulle part, des histoires de coucheries… si c’est pas ce qui vous fait vibrer, vous pouvez vous sentir un peu solitaire. Heureusement des petites perles se cachent toujours parmi vos collègues, il suffit juste de bien s’accrocher à elles.

Un autre aspect qui a pu me faire tiquer c’est le côté robotique qu’on prend, les déformations professionnelles « Bonjour, hi, hello » « this is a ham and chesse croissant » « Would you like it toasted, hot, in the oven » « My colleague is gonna take care of you » « Are you part of the dining plan ? » et autres joyeusetés qu’on prononce d’une seule traite, en un seul souffle de manière tellement automatique qu’il m’est déjà arrivé de donner une glace à un client (GUEST !) en lui disant “voici votre reçu”. Il y a bien sûr toutes ces questions bêtes auxquelles j’ai déjà fait référence dans un de mes précédents articles. Mais il y a ce côté régressif qui nous pèse, toujours faire la même chose, dire la même chose (« Following guest please ! ») voir les mêmes têtes, répondre aux même âneries, essuyer toujours les mêmes reproches, perdre la notion de l’heure (les semaines qui passent vite, les journées interminables, les mois qui filent) et du temps en général et donc ne plus savoir quand on travaille, quand on est en repos, quel jour on est, quel rythme avoir…quelle vie mener quoi. You’re just another brick in the wall, disait Pink Floyd.

Prendre des photos de dos devant l’attraction assortie à mon pull, une passion.

Bon parlons du sujet qui fâche. Enfin, celui-là particulièrement. Mais si… l’argent. Concrètement, si vous pensez partir et gagner de l’argent, ce n’est pas de la peine. Les heures sont longues et les fiches de paies très maigres. Bien sûr plus on fait d’heures, plus on est payés, mais quand on fait le calcul… on est loin d’être gagnant. C’est à partir de quarante-cinq à quarante-huit heures semaine que la paie de la semaine suivante fait plaisir. Si vous voyagez un peu ou qu’on vous rend visite ça part vite ! Personnellement, j’ai eu la chance de craquer pour de courts séjours à Chicago, Boston et Philadelphie avec une visite de mon cher et tendre au milieu. Ça ne m’a pas empêché de faire attention à tout ce que j’achetai car je n’avais pas les moyens. J’en connais beaucoup qui se sont mis à voler de la bouffe, au boulot comme en magasin. Cleptomanie ou vraie précarité, ça peut faire réfléchir. La coût de la vie est très très cher à Orlando, surtout si on veut entretenir un tantinet de vie sociale. Personnellement, ça m’a fait un choc quand j’ai réalisé avant d’éclater en sanglots, qu’à la fin de mon bout de programme, je n’avais ni le temps, ni l’argent de manger plus d’une fois par jour : des pâtes, un bagel ou un paquet de chips. Qu’est-ce que je faisais de mon argent sérieusement ? Le loyer de la résidence ? les courses ? le peu que je mangeais dehors ? Je suis rentrée sans un sou mais je n’avais pas d’autres alternatives. Pour moi, la Boulangerie, c’est une course aux chiffres avec des objectifs inimaginables au détriment de l’humain. Après une alarme incendie où toute la boulangerie a été évacuée, mes collègues ont du reprendre le travail, fumée noire ou non, avec ou sans masque et odeur de brulé en prime. L’esclavagisme moderne pour nettoyer les résidus ensuite ? On y est. Pour le côté sécurité on repassera. Les Bakers ne sont clairement pas assez payés. J’ai donc rendu mon tablier (littéralement et métaphoriquement). Ce n’était pas comme si j’allais passer au restaurant, où l’on gagne beaucoup, beaucoup plus en tant que commis, dans un futur proche.

Parlons-en du restaurant. Sur le papier, International Services vous dit que vous y passerez au bout de six mois environ. Vous vous souvenez quand j’ai dit qu’on vous mentez ? Les six mois vous pouvez les attendre. En vrai, c’est plutôt minimum sept mois en Boulangerie. Voire huit tout dépend la saison. Le groupe avant moi a attendu pas moins de neuf mois. Aux dernières nouvelles, il y avait trop de commis au restaurant et donc pas de place pour les Bakers : le passage se ferait donc au mérite, en fonction des employés, au compte-goutte. Vous reprendrez bien un peu de vaseline avec vos un an en boulangerie ? Ce  n’est pas pour quoi on a signé alors beaucoup sont partis après avoir déjà tenu longtemps. Une autre accroche pour les recruteurs, c’est le côté international du programme et la possibilité de s’améliorer en anglais. Si c’est ce que vous attendez, ce n’est pas non plus fait pour vous : vous êtes un-e français-e, qui travaillent aves des français, avec des manageurs français, qui vend des produits français et qui a de grandes chances de se retrouver dans un appart avec des français. Si vous avez des colocs cool étrangers, alors pourquoi pas. Mais au quotidien à part travailler votre accent sur les mots « meringue » et « chocolate croissant », vous n’allais pas en apprendre beaucoup plus.

C’est sans doute ce qui m’a coupé les ailes : j’ai la bougeotte, j’aime visiter et tout est trop grand aux USA. Et très cher. A Disney on est dans une bulle : on vit Disney, on mange Disney, on travaille Disney. A tel point qu’on s’adapte au parc et je n’ai pas eu vraiment l’impression d’être dans un autre pays, si ce n’est que je parlais anglais de temps à autres, à Walgreens par exemple. J’adore l’univers de Mickey et j’étais une vraie gamine quand je me rendais sur les parcs en tant que guest. Seulement je n’avais pas l’impression de faire l’expérience du vrai mode de vie américain. (Je veux dire vivre à l’américaine c’est plus que de tout pouvoir acheter frit, payer cinq dollars une salade verte et boire du jus d’orange dont le packaging fait la taille de votre tête.) Alors quitte à vendre des jambons-beurre, me faire crier dessus pour un rien et être payée en argent de poche autant rentrer chez papa-maman en France et postuler à la boulangerie du village, non ?

Vous l’aurez compris, toutes ces différences entre ce qui nous est montré et miroité ; et la réalité, peut faire réfléchir. Seulement, je pense réellement que Disney n’est pas le problème. Loin de là. J’ai un amour inconditionnel pour la petite souris et son univers, j’espère qu’on pourra se recroiser un jour. D’après le témoignage de collèges, le problème vient bel et bien du Pavillon français et de son management. Ce que je répète sans cesse c’est « Disney n’est pas le problème. Le problème c’est des managers français qui profitent des lois américaines. » Une de mes amies avait travaillé à Disneyland Paris et regrettait chaque jour le fonctionnement de notre parc national. Un autre avait déjà travaillé en Floride avec Mickey mais dans un autre secteur : il n’a pas vécu son programme du tout de la même manière. Il n’ y a qu’à comparer avec nos voisins : mes colocs anglaises gagnaient minimum un dollar de plus par heure, soit environ 200 dollars de plus chaque mois, pour des emplois du temps moins chargés. Elles avaient aussi le droit à une heure de pause à partir de plus de six heure de shift contre dix minimum au Pavillon français. Je vous laisse vous renseigner sur le reste…

Je pense que vous me comprenez un peu plus à présent quand un matin, quelques jours avant Noël, j’ai décidé qu’il allait être temps pour moi de rentrer. Comme ça. J’en avais marre d’éclater de plus en plus en sanglots le soir sans raison et sans rien à quoi me rattacher (« tiens jusqu’au Comic Con d’octobre, tiens jusqu’à la visite de l’amoureux, tiens jusqu’aux fêtes… »). J’en avais marre de tenir pour tenir. J’en avais marre de m’éteindre petit à petit, ne rien manger, rien dormir, me sentir drainée quotidiennement, me sentir faible et m’endormir à moitié sur ma caisse au travail. J’en avais marre d’avoir la boule au ventre en prenant le bus le matin et en passant le tourniquet comme à l’usine. Marre d’avoir des sueurs froides quand je m’adressais à un manager en particulier car je ne connaissais pas encore l’humeur du jour. Marre d’avoir envie de vomir à l’idée d’aller travailler et de se demander si je pourrais pas utiliser un callsick et rester au fond de mon lit pendant ma crise d’anxiété. Marre de me faire traiter comme un pion remplaçable très facilement (après tout, ils nous l’ont dit eux-mêmes, ça fait des années que c’est comme ça, ça ne va pas changer peu importe tout ce qu’on fait remonter aux RH. Des nouveaux il y en a beaucoup qui se bousculent au portillon.) Marre de questionner toute ma vie après trois heures à nettoyer des plateaux devant un mur blanc. Marre d’avoir mal partout à force de récurer des vitrines et échelles pour boites à emporter qui le seront de nouveau le lendemain, sûrement par moi-même. Marre de me faire mal parler par des clients mécontents et des managers tout autant. Marre de me forcer à rester alors que je n’en avais plus envie. Marre de devoir tenir. Tenir pour qui ? Pour quoi ? Pendant combien de temps ? Je n’avais rien à prouver à personne et j’avais déjà de quoi faire en France avec une vie qui m’attendait alors quand j’ai décidé de regarder la vérité en face, la décision a été vite prise. Ce qui me tordait le ventre s’est dissout rapidement.

Je sais que ce boulot m’a affecté psychologiquement et physiquement : j’ai perdu presque dix kilos, aujourd’hui encore je mange peu et je dors plus ou moins mal. Il m’a fallu un mois après mes partiels et quelques changements personnels pour me sortir de ma léthargie. Après quatre mois j’avais juste envie de dormir. J’ai vu tous mes collègues perdre du poids dangereusement, être fatigué à longueur de journée, faire des malaises, tomber malade au moindre microbe (et à chaque putain de clim !), dormir debout, devenir irritable, craquer en plein milieu de la journée, accuser le coup quand quelqu’un est terminé ou décide de partir, en se demandant « et moi alors, jusqu’à quand je tiens ? ». Je sais que certains restent car ils n’ont tout simplement rien qui les attend à la maison, ou qui n’ont pas les moyens de rentrer en France. Beaucoup font demi tour rapidemment ou finissent par craquer avant six mois. Ce n’est pas pour rien qu’on utilise une « prime » de fin de contrat comme carotte pour nous faire avancer : peu de gens tiennent jusque-là. Quand on arrive, on a des groupes de couleurs sur les plannings : Rouge, jaune, gris, bleu… On est comme des équipes à Koh Lanta. A chaque fois que quelqu’un part, on a l’impression que Denis Brognard en personne vient éteindre notre torche en nous sermonnant « il n’en restera qu’un ». Je sais que le véritable problème est la pression des managers car aujourd’hui j’occupe un poste très similaire à celui de Baker pour mon job étudiant. Sauf que je tape la bise à mon boss, je ne nettoie pas jusqu’à me faire des crampes et je n’ai pas envie de ne pas me réveiller quand je dois aller au boulot le matin. Bref, je le vis différemment.

Pourtant, si vous me posiez la question « si c’était à refaire tu le ferais ? » je répondrais sans hésitation OUI ! Sans doute différemment, avec une autre approche. Je suis peut-être masochiste sur les bords, mais toute expérience est bonne à prendre. Et comme tout apprentissage, ce court passage à Disney World m’a fait grandir, sur le plan académique comme personnel. Travailler pour Disney a toujours été un rêve pour moi. C’est maintenant chose faite. C’était aussi la première fois que je mettais les pieds sur le sol américain et j’ai quand même pu le découvrir un peu. Je n’aurais pas pu rêver de meilleures colocs et je les aime de tout mon cœur. Elles me manquent terriblement. J’ai fait des rencontres extraordinaires, la team Florida, 27 Août, Ice Cream Shop et Radio Bakery sont des personnes chères à mon cœur avec qui j’ai beaucoup partagé (pas mal de galères, de fou rire mais surtout des sushis.) Ce sont des souvenirs que je chéris précieusement. Ce sont des gens que je recroiserai un jour en France ou aux quatre coins du globe. Ce petit bout de paradis me manque, son ambiance, ses musiques, l’innocence de l’enfance qui va avec. Grâce au Pavillon Français, je me suis prouvée à moi-même que oui, je pouvais le faire. J’ai aussi appris à m’écouter et à prendre du temps pour moi. J’ai finalement compris que de rentrer, ce n’était pas abandonner et que je n’avais de comptes à rendre à personne. J’ai travaillé dans une entreprise au rayonnement international, j’ai découvert une autre culture, j’ai participé à la magie de ce monde féérique et franchement ? C’est tout ce que j’en retiens.*

Pendant mon programme, on en a fêté des anniversaires… comme celui du parc. Petit aperçu de ma tenue de Baker.

 

Pour Elo, je sais que comme Otis, tu prenais la vie et le programme du bon côté.

 

 

* (Et c’est peut-être ça, finalement, le don de soi…)

14 Comments

  1. Paulette

    25 mars 2019 at 1:12

    pfiuuu, mes héroïnes, la vérité.
    (bien contentes que vous soyez rentrées)

    1. Maeva-Mapamundi

      25 mars 2019 at 1:46

      Une paupau sauvage apparait! (Nous aussi.)

  2. Barbara

    26 mars 2019 at 9:03

    Salut ! Tu dis qu’il y a de fortes chances pour que les français soient en colocation avec des français … comment as-tu fais pour être avec des anglaises ? Merci

    1. Maeva-Mapamundi

      26 mars 2019 at 9:15

      Hello Barbara! Il y a deux possibilités : soit tu connais les français avec qui tu veux être et donc tu fais une demande au moment de t’inscrire à l’Housing (un formulaire envoyé quelques semaines avant ton départ) soit Tu ne peux malheureusement pas choisir, et tu le découvriras à ton arrivée, en mode surprise! Personnellement j’ai eu de la chance, dans mon appart on était six, 3 anglaises, une japonaise, une mexicaine et moi. Mais j’en connais où quatre personnes sur six étaient françaises! C’est un peu la roulette russe…

  3. perret

    26 mars 2019 at 10:17

    Bonjour, j’ai lu avec grand intérêt votre commentaire, et ne partage pas du tout le même souvenir, j’ai bossé au French Pavillon certes il y a près de 20ans mais pour moi ce fut la meilleure expérience de vie. Je rejoins peut être votre avis sur le niveau managériale selon les individus, pour le reste sans doute qu’avant il était plus facile d’évoluer vers les restaurants, étant passer par tous.

    1. Maeva-Mapamundi

      26 mars 2019 at 5:25

      Bonjour Perret, je vous remercie de votre retour et je suis contente de savoir que vous soyez ressorti de cette expérience enrichi! Comme vous, je ne souhaite à présent qu’en garder le positif.

  4. Jabbari

    26 mars 2019 at 12:33

    Moi j’ai fait le programme « Merchandise » mais ça daaaaate puisque c’était en 2001-2002 ça restera la meilleure année de ma vie. Par contre c vrai qu’en Food c pas la première fois que j’entends ça. Nous on a eu plus de chance niveau travail car après le 11 septembre c’etait Assez calme donc on pouvait voyager sans soucis et faire des heures sup ailleurs si on le voulait. L’une De mes collègues avec qui j’ai travaillé à d’ailleurs été mon témoin à mon mariage et est restée l’une de mes meilleures amies.

    1. Maeva-Mapamundi

      26 mars 2019 at 5:39

      Bonjour Jabbari! Je ne peux en effet pas commenter du côté Vente car je n’ai pas pu en faire l’expérience. Je me suis fait également beaucoup d’amitiés intenses pendant mon bout de programme ça rapproche énormément! Merci de votre passage! 🙂

  5. Oakes

    29 mars 2019 at 2:09

    Coucou,
    Je suis d’accord sur certains points; le management par la peur j’avais ressenti ça pendant mon programme. La peur de se faire terminer mais c’est ce qui pousse les gens à se tenir à carreau. sinon c’est pas gerable non plus. Tous les petits jeunes qui viennent pensant se la couler douce faire la fête tous les soirs, faut aussi assurer au boulot. Et je pense qu’à la bakery vous avez aussi des managers super cool gentils et compréhensifs. Je les connais personnellement donc je me permets de rectifier. j’ai fais mon programme aussi de bakeuse, et même si le boulot était dur et fatiguant, c’était la plus belle année de ma vie. Moi je suis passée au restau au bout de 6 mois pile. c’était encore plus physique et les doubles étaient bcp plus dur mais c’est sur qu’au moins, on avait plus d’argent. C’est bien d’écrire sur ton ressenti. On ne vit pas tous la même expérience. Moi j’ai vecu un super programme fière d’avoir tenue jusqu’au bout et les amis que je me suis fais sont devenus ma famille. mes roomates mes demoiselles d’honneur à mon mariage. bref c’était la folie. Bonne continuation! ton blog est super cool ! (jalouse de la photo avec captain america 😉 )

    1. Maeva-Mapamundi

      29 mars 2019 at 10:10

      Hello Oakes! Merci de ton message bienveillant.Je suis d’accord sur ton commentaires, certains viennent en touristes et il faut bien sûr les cadrer, j’en parle dans l’article. Mais c’est ce côté école qui m’a gêné. Mon but n’est pas de pointer du doigt les managers, pour moi il faut parfois séparer la personne de son rôle de manager, j’ai l’impression que le management actuel porte un masque parfois, pour faire la police et c’est dommage. En effet c’est MON ressenti, merci de le comprendre car ça a échappé à certains… Cet article en particulier était pour parler des mauvais côtés de la Bakery, les bons côtés auront aussi leur article, il faudra juste être un petit peu patient-e! Je te suis sur le côté humain, pour l’instant je reste super proche de mes anciens collègues et de mes roomies. Merci de tes encouragement, à bientôt je l’espère! (Oui, ça c’est la photo d’une vie!)

  6. Chefs de France : Pourquoi j’aurais pu rester – Maëva's Mapa Mundi

    26 août 2019 at 9:00

    […] 2019 backstage bocuse castmember chefs de france disney Etats-Unis Floride international services orlando pavillon français walt disney world Previous Post […]

  7. Anthony

    4 septembre 2019 at 4:59

    Salut, ton article m’a fait repartir 3 ans en arrière, pas grand chose, mais j’ai l’impression que les règles se sont durcies… pas d’étiquettes de couleur à cette époque haha
    Est ce toujours ED… la manager préférée bakers ??

    1. Maeva-Mapamundi

      16 septembre 2019 at 8:58

      Salut Anthony, merci pour ton message! Au vu de certains commentaires ici ou sur les réseaux il semble effectivement que les règles se soient durcies. Cependant, j’ai ouïe dire qu’elles avaient un peu changé depuis l’article… Oui c’est toujours E., mais si tu veux mon avis le problème ne vient pas forcément d’elle, mais du système/plus haut. Une poigne de fer dans un gant de velours… 😉

  8. Mon anxiété ne m’empêche pas de voyager. – Maëva's Mapa Mundi

    14 octobre 2019 at 8:05

    […] essais sur le blog, entre mon récitsur l’acceptation de mon corps par l’expatriation et mon burn out aux Etats-Unis. Quand on voyage, on ne laisse pas ses soucis à la maison, même si on aime le croire. Ce sont […]

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